Le Lynx
Critiques dans la presse de 1933 à sa mort (1940)
Recueil de coupures de journaux consacré à la critique d’Art.

1. Les Mauresques, envoi au Salon d’Automne, envoi d’Alger où résidait alors R. Maguet, à la villa Abd-el-Tif.

Les Mauresques (n° 053) partiellement détruite par la suite (par ?). Seul le personnage de gauche a pu être sauvé par Marcel Damboise pour l’exposition de Versailles en 1979 et vendue (?).
Quelques jugements recueillis dans le Lynx du 30 octobre 1934 :

“Composition orientaliste, appliquée, vraiment accomplie de Richard Maguet”.
Mr. Fierens, Journal des Débats du 30.10.1934.

“Richard Maguet (d’Amiens) est on le sait pensionnaire de la villa Abd-el-Tif à Alger. Il envoie au Salon un groupe de Mauresques assises ou accroupies causant dans un intérieur. Bien composé et correctement peint, ce tableau semble indiquer une nouvelle démonstration dans la manière de cet artiste, plus uniforme et plus calme, non sans grand agrément”.
Mr. Carvalho dans Revue Septentrionale, Neuilly, novembre 1934.

“Richard Maguet, si intéressant, envoie d’Alger Les Mauresques…”
Mr. Paillard, Le Petit Journal, 61 rue Latavette, 31 octobre 1934.

“De Richard Maguet, des Enfants Marocains d’une facture serrée, d’un dessin impeccable, d’une composition sévère et raisonnée”.
Mr. Barau, La Dépêche de Grenoble, 6 novembre 1934.

Rochard Magnet (sic…) (d’Amiens) dont je suis depuis longtemps les travaux et les efforts est pensionnaire de la villa Abd-el-Tif, à Alger. Il envoie de là-bas un groupe de femmes mauresques dans un intérieur. Bien compris, bien construit, très correctement brossé dans des tonalités que l’on sent vraies sans être criardes, ce tableau me cause cependant une légère surprise parce qu’il marque une orientation nouvelle dans le genre et surtout la manière de Magnet (resic…). Celle-ci, moins nerveuse, moins fougueuse, n’a plus cet élan que l’on aimait trouver dans ses toiles antérieures. Mais l’artiste est travailleur et je ne doute que dans la voie nouvelle où il paraît s’engager, il ne nous donne bientôt quelque œuvre vraiment originale”.
Carvalho (bis..), télégramme, Boulogne-sur-mer, 7 novembre 1934.

“L’œuvre de Richard Maguet est paisible et forte”.
Mr. Laprade, Oran-Matin, 9 novembre 1934.

Les Mauresques de R. Maguet seulement citées par Fegdal dans la Semaine de Paris. Fegdal qui aurait préfacé sa première exposition particulière en 1925-26, Galerie André (?).

Parmi les œuvres qui sont “inspirées par les colonies”… il faut citer… qs, Les Mauresques de Maguet, avec la villa Abd-el-Tif où les jeunes boursiers coloniaux sont reçus et peuvent travailler dans des ateliers spécialement édifiés pour les recevoir…”.
Mr. Morerau-Gauthier, la Nouvelle Dépêche, 19 avenue des Champs-Élysées, Paris.

“La documentation exotique est parfois fort heureuse ; ainsi les… qs, Les Mauresques de Richard Maguet (de la bonne vieille école…).
Mr. Florentin, Agence Havas, 13 place de la Bourse, du 15 novembre 1934.

“Dans l’orientalisme il faut signaler avant tout Les Mauresques de Richard Maguet”.
Mr. Leblod, la Vie, du 15 novembre 1934, 10 rue du Cardinal Lemoine.

“Richard Maguet dont Les Mauresques, simples et froides, sont dessinées et peintes avec conscience”.
Mr. Turpin dans Griffe, 68 Chaussée d’Antin, 25 novembre 1934.

2. Les Femmes d’Alger : composition de 1935 envoyée d’Alger au Salon d’Automne (n° 71) de la même année (acquise par le musée de Picardie à Amiens).

“La composition de Richard Maguet confine à l’austérité mais c’est une œuvre très solide et qui s’impose par des vertus particulièrement authentiques…”.
Mr. Chabaneix, Le Montparnasse, 50 rue Vercingérotix, octobre.

“Richard Maguet (d’Amiens) a envoyé d’Abd-el-Tif une composition où des études de nu marquent chez lui une évolution sensible vers le style… (mot manquant ?)”.
Carvalho, Revue Septentrionale, Neuilly, novembre 1935.

“Richard Maguet s’est attaqué à un ample morceau : il ne l’emporte pas… on retrouvera cependant dans cette œuvre les qualités de l’excellent artiste”.
1er novembre 1935, Mr. Diole, Les Beaux-Arts, 1 rue de la Baume.

“Comme elle est nette (l’intention) dans la toile où Mr. Maguet réunit trois nus dans un intérieur bien ordonné où il manque cependant ces indéfinissables vibrations picturales qui créent le mystère et la vie”.
Le temps (non signé…), 5 novembre 1935.

“Richard Maguet dont la scène d’atelier est marquée par une sobre grandeur”.
Novembre 1935, Journal d’Algérie (écho d’Alger ?).

“Les nus de Richard Maguet sont bien construits, mais tristes…”.
Mr. Vauxcelles (?), Excelsior, 20 rue d’Enghien, 3 novembre 1935.

“Une des meilleures toiles du Salon est certainement celle de Richard Maguet : des nus d’une densité plastique remarquable. Maguet n’est point de ceux qui vont vite, mais de ceux dont la marche est sûre”.
Mr. Du Colombier, Candide, 10 rue du Saint Gothard, 7 novembre 1935.

“Des nus de Richard Magnet (sic…), font une toile infiniment sérieuse et complète...”.
Fegdal Semaine à Paris, 8 novembre 1935.

“L’intérieur de Richard Maguet dont le nu central est heureusement éclairé”.
Barau, Dépêche de Grenoble, 12 novembre 1935

“Alors que Maguet, lui, peint dans un intérieur d’où nous apercevons la rue par une porte ouverte, trois figures nues solidement étudiées”.
Mr. Goulinat, Journal “Le Dessin” ; 26 rue Renard, décembre 1935.

“De Richard Maguet, une toile qui pourrait s’intituler : distractions féminines, concours de nus ; nous avons le droit au regard…”.
Mr. Desperon, Vie à Paris, 144 rue St Denis, 9 novembre 1935.

“Richard Maguet (d’Amiens) pensionnaire de la villa Abd-el-Tif à Alger, présente une réunion de jeunes femmes causant dans le vestibule d’une maison. C’est une excellente étude de nus où l’on trouve un réel changement dans une manière qui semble évoluer vers le classique tout en restant moderne…”.
Carvahlo, Le Télégramme (Boulogne-sur-Mer), 13 novembre 1935.

”Il y a ici (Salle XII) une œuvre de premier ordre : trois figures nues dans un intérieur, par Richard Maguet. Mises en relief et en lumière avec un art qu’on sent épris de simplicité, leurs formes prises à la nature hors de tout esprit “académique”, achevées à souhait en leurs contours, en leurs volumes, s’offrent dans un accord délicatement calculé avec ce qui les entoure. l’ensemble est d’une pondération parfaite en une tonalité unie et vigoureuse”.
Mr. Sarradin, Journal des Débats, 17 rue des Prêtres, 17 novembre 1935.

“Richard Maguet qui s’essouffle un peu dans des recherches d’harmonies et de composition”.
Mr. Turpin Griffe, 68 rue de la Chaussée d’Antin, 1er décembre 1935.

3. Un paysage et une nature morte (? non identifiés…) “témoignant de la communion la plus pénétrée, la plus étroite avec la nature, une ferveur grave devant le spectacle de la nature”.
Mercier, Écho d’Alger, 12 janvier 1936.

4. Galerie Marcel Bernheim (retrouver la toile mentionnée dans une correspondance ?), 1935.

“Avec pureté de cœur et franchise de métier, Richard Maguet dit son amour de l’existence, de tout ce qui existe : il le dit sans tapage, sans se préoccuper du voisin, à la manière du père Corot, comme une alouette, mais avec la plus tendre sensibilité”.
A. D., l’Amour de l’art, 39 rue Claude Terrasse, juin 1936.

5. Scène d’atelier (composition) (064) exposée au 33e Salon d’Automne (1937) : toile disparue…

“La scène d’Atelier” traitée par Richard Maguet dans une gamme triste mais avec vigueur”…
Brecy (?), action Française, 20 novembre 1937 et dans le Journal des Beaux-Arts du 9 octobre 1936, 1 rue de la Baume, sans texte critique.

“Nous retrouvons dans ces derniers les noms bien chers de nos Abd-el-Tif et tout Abd-el-Tif reste peu ou prou un algérien. C’est donc comme un Algérien que nous louons Richard Maguet pour son “Atelier” (où d’ailleurs il nous plaît de reconnaître tels visages que nous connûmes jadis en Alger) qui est un des meilleurs envois du Salon”.
Gabriel Audisio, Algéria (Alger). Date ? 1937 probablement car 33e Salon : 1937).

”L’atelier de Maguet est bien composé et la femme vue de dos au premier plan est parfaitement belle de dessin et de couleur”.
Mr. Clusset (ou Dusset ?), Le Petit Havre, 26 octobre 1937.

“Les débuts de Richard Maguet ont été suivis, dans ce journal, avec une attention qu’ils méritaient : voici maintenant le peintre plus près de sa maturité qui, dans une large page, évoque l’Atelier : le modèle nu de face et debout, un autre assis, les épaules dévêtues, des personnages divers. Tous ont de la gravité ; il y a là une atmosphère impressionnante, plutôt sévère ; point de tache de couleur, sinon le blanc d’une lingerie ; une sûreté dans le rapprochement des tons, une discrétion et une force. Perserverez Richard Maguet !”.
Mr. Paillard, Le Petit Journal, 61 rue Lafayette, 9 octobre 1936.

“L’Atelier de Mr. Maguet groupe six personnages : au fond deux hommes bavardent assis sur un canapé gris, l’artiste debout au second plan à droite interrogeant du regard le spectateur tandis que près de lui, une femme se penche pour regarder une toile posée à terre ; une autre femme, épaules nues, est en train de coudre et enfin, à gauche, un modèle debout, belle de plénitude, remet sa chemise. L’ensemble tout de science correcte et un peu froide, fait honneur à l’artiste”.
René Jean, Le Temps, 5 rue des Italiens, 10 octobre 1936.

“Richard Maguet semble concourir pour le Chenavard tant son “Intérieur” est sérieux : mais quel beau et probe métier !”.
Mr. Poulain, Comedia, 144 avenue des Champs-Élysées, 9 octobre 1936.

“Richard Maguet (d’Amiens) a envoyé une grande composition, représentant un intérieur d’atelier avec plusieurs personnages dont certains sont sans doute des portraits. Bien établi, bien équilibré, ce tableau est construit et brossé par un peintre ; et pourtant malgré les qualités qu’il affirme, Maguet m’apparaît trop sévère et je regrette l’artiste qui, il y a quelques années, cherchait encore sa voie…”.
Carvalho, Télégramme, Boulogne-sur-Mer, 14 octobre 1936.

“De l’ardeur aussi dans la scène d’atelier de Maguet qui travaille et semble en progrès à chaque salon…”
Goulinat dans “Dessin”, 26 rue Renard, novembre 1936.

“Maguet a brossé ce tableau de salon. Son œuvre a une poésie douce et intime mais je ne sais quoi de contraint : parmi ces couleurs maintenues sourdes, on craint le bruit d’un éclat vivant…”.
Beaux-Arts, 1 rue de la Baume, Chogniart (?), 29 octobre 1937.

simplement cité dans le Figaro du 29 octobre 1937 par Lecuyer.

“Et pour finir une belle et noble peinture de Richard Maguet, Scène d’Atelier. Dans une atmosphère grave, des hommes assis sont groupés, une jeune femme debout, claire, tient dans ses mains une statuette qu’elle leur présente. Un garçonnet au premier plan pense à autre chose (en fait semble éplucher un fruit ?). Le chevalet est là, derrière… Mais la description ne vaut : l’art semble caché dans tout ce grand tableau comme une trame…”.
Mr. Paillard, Petit Journal, rue Lafayette, 29 octobre 1937.

“Une scène d’atelier, de Richard Maguet, un peu trop anecdotique, mais où abondent des bons morceaux (l’enfant qui épluche un fruit atteste les dons les plus beaux).”
M. Escholier, Le Journal, 100 rue Richelieu, 29 octobre 1937.

Cité seulement dans Paris Midi du 29 octobre 1937 par Gros.

“Voici maintenant Richard Maguet (d’Amiens) qui occupe, lui aussi, le centre d’un autre côté de la salle avec une grande toile représentant, dans un atelier, quelques artistes, assis autour d’une table et examinant une statuette que leur montre une jeune femme, à demi-habillée – quelque modèle sans doute. Au premier plan, un garçonnet. Au fond un chevalet supportant une toile commencée. j’entends déjà la critique de ce tableau comme j’entendis, ces dernières années, celle des travaux de ce peintre, critique consistant à lui reprocher d’être encore sous l’influence de l’École. Mais Maguet, qui fut aussi pensionnaire à la villa Abd-el-Tif, vient de se voir accorder par un jury assez éclectique et pas rétrograde le moins du monde, un prix qui lui permettre d’aller travailler pendant six mois à Vence. C’est là une réponse éloquente et positive à laquelle on ne peut qu’applaudir, car l’artiste manifeste dans son tableau, d’une tonalité un peu sombre, beaucoup de savoir, un sens de l’harmonie en même temps que de la composition, un métier, un sens de l’harmonie (bis…), en même temps que de la composition (rebis…), un métier sûr et solide. Autant de qualités assez rares et pourtant indispensables à qui vent, comme lui, faire de la bonne peinture”.
Carvahlo, Télégramme (Boulogne-sur-Mer), 10 novembre 1937.

“Une scène d’Atelier par Richard Maguet, grande toile qui groupe autour d’une table, quelques jeunes hommes à qui le modèle, achevant de se vêtir, montre des souvenirs de voyage (?), de science certaine ; d’habileté et d’intelligence avisées, mais elle reste proche de l’École (on y est…) et dominée par son enseignement. C’est de l’excellente technique, qui n’est pas vivifiée par le frisson de l’Art. C’est peut-être dans cette salle, le tableau le plus fort, mais ça n’est pas le plus ému, ni le plus attirant…”.
MR. René Jean, Le temps, 5 rue des Italiens à Paris IVe, du 31 octobre 1937.

“Le…, la scène d’Atelier de Maguet, la… etc... nous touchent par la luminosité de leur simplicité”.
Mr. Leblond, Journal La vie, du 15 novembre 1937.

“L’Atelier de Richard Maguet aura plus de détracteurs. Excellent morceau bien composé, un peu froid sans doute dans son enveloppe grise, mais qui témoigne du savoir faire d’un artiste réalisateur et bien doué”.
Schmeeberger, Lettres Sciences et arts à Mons en Belgique, novembre 1937 ?

“Parmi les peintres qui ont réalisé des compositions bien ordonnées et d’une unité expressive, on remarque Richard Maguet, de qui la Scène d’Atelier témoigne quelle part il fait au dessin dans le rendu des formes…”.
Sarradin, Journal des Débats, 17 rue des Prêtres, 24 novembre 1937.

“Une grande toile de Maguet, aux sonorités amorties, dont l’ensemble est assez ennuyeux, mais qui contient des morceaux de grand peintre…”
Champigneulle, Le Mercure de France, 26 rue Condé, 1er décembre 1937.

“Richard Maguet (d’Amiens) expose une toile bien composée, bien équilibrée, représentant un atelier où quelques artistes examinent une esquisse que leur présente un modèle à demi-habillé. Bien que traité dans une tonalité générale un peu sombre, ce tableau affirme un métier consommé…”
Carvalho dans La Revue Septentrionale, 117 rue N. D. des Champs, de décembre 1937.

6. Le Balcon (n° 018) exposée (où ?).
Critique dans le journal Les Beaux-Arts le 11 décembre 1936 par ?


Une toile de cet art réservé, intime et discret qui est le propre de Maguet ; des aquarelles dont quelques-unes vigoureuses et libres (tel ce paysage d’Afrique du Nord, chaleureux et plein), mais en plus grand nombre des dessins : nus attentifs, spontanés, mais logiquement construits (sic…) paysages aux proportions heureuses où règne l’espace (Le Balcon..)”

7. Exposition galerie Marcel Bernheim de Paysages provençaux (Alpilles)

”À la galerie M.B., Maguet montre ses toiles récentes. Maguet sait nous faire pénétrer dans le calme domaine d’un poète des intimités et ses intérieurs, ses paysages, ou ses figures, sont des intimités “émouvantes”.”
Fegdal, Semaine à paris, 28 rue d’Assas, du 5 mars 1937.

“C’est encore un peintre sérieux, uniquement occupé de vérité et d’objectivité, dont vous trouverez 35 rue de La Boétie (Marcel Berheim ?), les œuvres récentes. Richard Maguet se place loyalement, en toute humilité, devant le motif et le transpose sans truquage sans parti pris. Ses nus, ses figures, ses paysages, ses natures mortes sont avant tout sincères. Mais comme il les voit en artiste remarquablement doué, il en découvre d’abord les caractères essentiels, pour nous en offrir la très lisible et pourtant sympathique image”.
Critique ? Liberté (du 10 mars 1937), 122  rue Réaumur (Chavance ?).

“On sait le talent ferme, mesuré, nuancé de Richard Maguet. L’exposition que fait l’artiste Galerie Marcel Bernheim confirme l’opinion que l’on a de ses dons ; Richard Maguet peu accoutumé aux paysages provençaux a cet été affronté les monts des Alpilles. Il les traduit avec une exactitude très fine et un peu froide où nous retrouvons l’intelligence et l’esprit scrupuleux de ce pur artiste. Quelques natures mortes montrent comme Maguet sait évoquer autour du moindre objet une juste atmosphère et la vie”.
Les Beaux-Arts, 1, rue de la Baume, 12 mars 1937, par ? non signé.


8. La Pêche (n° 001), 1938. Appartient au Petit Palais ; acquise lors de l’exposition au Salon d’Automne de la même année.

“La Pêche de Maguet est une composition du plus haut intérêt. J’y insiste surtout parce que Maguet est un peintre méconnu… Je demande à mes confrères d’examiner attentivement sa toile. C’est une œuvre troublante à plus d’un titre. Elle est noble et sordide (?) comme le sont les livres de Julien Green. Elle n’est pas sans analogie avec les baignades de soldats de Cézanne…”
Waldemar George, Journal des Beaux-Arts, du 1er novembre 1938.

“Mais la fine et émouvante bonhommie de ces peintres de la vie familière, nous la retrouvons surtout dans la belle toile de Pierre-Eugène Clairin…, et dans la simple et admirable composition de Richard Maguet, la Pêche (II) où les chairs juvéniles et le paysage de banlieue sont traités avec une sûreté et un goût qui évoquent les maîtres”. R. (ou B.)
Eschomer, Le Journal, 100 rue Richelieu Paris IIe, novembre 1938.

“Je note tout particulièrement la charmante composition que Richard Maguet, sur le thème de “La Pêche”, avec pour modèles, de jeunes garçons, a peinte si fermement et, à ce qu’il nous paraît, en toute indépendance d’esprit…”.
Sarradin, Journal des Débats, 17 rue des Prêtres, 12 novembre 1938.

“L’envoi de R. J. Clot et, aux antipodes, celui de Maguet sont de ceux qui doivent retenir l’attention…”.
Champigneules dans Le Mercure de France, du 1er  décembre 1938, 26 rue de Condé.


Avec cette critique se termine notre recueil d’articles parus dans la presse française, entre octobre 1934 et décembre 1938, consacrés surtout aux œuvres exposées aux Salons d’Automne. Y eût-il un Salon en 1939 ? Si oui, Richard Maguet ne fait aucune allusion à un envoi quelconque dans sa correspondance.

Dernière critique recueillie, de son vivant…, celle retrouvée dans la revue La Bonne Peinture, consacrée à une exposition de ses peintures récentes, chez Jacques Rodrigue Henriques, 20 rue Bonaparte Paris VI, en avril 1939 ?

“Si nous recommandons à nos camarades d’aller donner un coup d’œil à l’exposition des œuvres de Maguet, c’est parce qu’elle est celle d’un vrai peintre…”, sans signature, ces propos figuraient en regard d’une reproduction de la toile n° 038, représentant s’épouse de l’artiste tricotant (propriétaire actuel inconnu).

À la lumière de ces critiques, formulées pendant ces années particulièrement fécondes pour cet artiste, recueillies dans des journaux de tendances très différentes publiées dans de nombreuses villes de l’hexagone, est-il possible de définir un jugement moyen, une tendance de l’opinion des spécialistes, à la façon d’un sondage réalisé a posteriori ? Un peintre sérieux, parfois triste, refusant l’éclat des couleurs trop vives qu’il semble volontairement éteindre, mais il est vrai au bénéfice d’un équilibre des valeurs plus assuré.

Un métier consommé le plaçant au rang des maîtres, mais n’échappant pas toujours à la froideur de l’École qui étouffe l’émotion et le frisson de l’Art…

Cette évolution, consciente et voulue vers la composition ‘“je crois que la vraie peinture est là”, “plutôt que dans les petits paysages que tout un chacun confectionne après un bon déjeuner… ce qu’on voit dans les salons depuis cinquante ans…”), qui est remarquée, n’est pas appréciée unanimement :

“R. Maguet s’essouffle un peu dans des recherches d’harmonie et de composition”.
“R. Maguet s’est attaqué à un ample morceau… Il ne l’emporte pas”.
Elle suscite cependant des jugements flatteurs, beaucoup plus nombreux :
“une sobre grandeur”
“une œuvre de premier ordre” et l’auteur ajoute comme pour devancer des préventions faciles : “d’un art qu’on sent épris de simplicité”, “leurs formes prises à la nature hors de tout esprit “académique”…”

En renouant avec une tradition “pré-impressionniste”, il est sûr que R. Maguet s’exposait dangereusement à se voir confondre avec “les pompiers”. Pour peu cependant que le regard insiste, ne s’arrête point à la première apparence, quelle vie ! quelle étroite communion avec le frémissement de la nature ! difficilement contenu dans une forme volontairement hiératique : le classicisme retrouvé mais dans des sujets moins majestueux, parfois jugés ordinaires, “des objets relevant plus du grenier que d’une collection” (M. Damboise), du “Poussin sur nature” en quelque sorte en accord avec l’ambition avouée de Paul Cézanne…

Par ce choix, cette évolution, cette progression dans la découverte de soi-même (“sois ce que tu es…”), comme aussi par ses refus catégoriques, son intransigeance tranquille qui le démarquait et l’isolait, il est certain que Richard Maguet, bien qu’il ait bénéficié rapidement d’une certaine notoriété lui permettant de vendre correctement ses toiles (cf. H. Portal) ne risquait pas de défrayer la chronique dans la presse consacrée à l’Art moderne et de connaître la gloire tonitruante des artistes e vue.

Avec un certain nombre d’autres peintres et sculpteurs, comme lui mis à l’écart, Richard Maguet peut être rangé dans cette confrérie des adeptes de l’“Art caché” que de courageux artistes et critiques actuels, non conformistes, tentent de réhabiliter. Refusant avec acharnement un fatalisme de convenance, masquant en fait habilement des velléités totalitaires, plus cyniquement des visées financières, ils affirment la permanence, la continuité des principes du beau éternel, la primauté du savoir faire sur le faire savoir. Ils ont fini par découvrir que cette domination absolue du marché, étayée sur la connivence sans faille des pseudos penseurs, des analystes philosophes, n’était pas inéluctable ; que l’opinion, timide, comme sidérée, au sens premier du terme, qui les tolérait, pouvait se réveiller, retrouver ses repères et réagir de façon salutaire pour peu qu’elle se sente soutenue.

Le statut de l’artiste a évolué historiquement ; de simple valet de prince, tout juste traité comme le cuisinier (dont le statut évoluera de même) chez les Ducs de Bourgogne, sensiblement amélioré à la Renaissance après que les peintres eurent prouvé que la “pittura e una cosa mentale” mais toujours assujettis au bon vouloir des Princes (cf. déboires de Michel Ange avec Jules II), il va se libérer en refusant la tutelle des bourgeois triomphants après la Révolution, mais manifestement dépourvus des vertus qui font les Mécènes authentiques et obéis. C’est alors l’impasse dont les Bouguereau et consorts marquent les bornes. Une période d’individualisme forcenée va suivre, propice à une créativité fascinante, prométhéenne, mais de courte durée. À l’orée du 20e siècle, les jeunes artistes désemparés s’interrogent sur leur avenir, leurs choix futurs. Ils empruntent les voies nouvelles, désordonnées, que chacun connaît, la plupart décidés à rompre avec un passé jugé révolu et probablement aussi trop pesant pour leurs frêles épaules. Ils allaient – pour la plupart – car un faible ruisseau allait poursuivre son cours, s’approvisionnant aux sources éternelles… – trouver de nouveaux maîtres parfaitement armés pour rallumer le flambeau éteint d’une bourgeoisie déconsidérée. La vieille hiérarchie ne faisait que sommeiller. Le peintre Prométhéen s’étant brûlé en un feu de paille, elle reprendra ses droits sous d’autres formes, rétrogradant l’œuvre manuelle au dernier degré de l’échelle, l’inféodant au verbe désormais triomphant. Les théoriciens, les historiens de l’Art vont définir désormais de façon dictatoriale le sens, ou le non sens, de ce qui doit plaire et de plus en plus insensiblement, ce qui peut et doit se vendre en accord avec les marchands auxquels ils se lieront de façon étroite après des réticences aussi fragiles que des cris de pucelles effarouchées. Monsieur Jourdain reviendra sur scène après un long détour ; il n’aura guère appris mais aura gagné en puissance, à juste proportion de celle perdue par l’État : que cette évolution ait concerné surtout les anglo-saxons ne devrait pas étonner les européens ayant lu Gœthe qui l’annonçait de façon prophétique voici plus de deux siècles… (cf. Poésie et vérité). Et alors ! me dira-t-on ? Qu’importe le Mécène pourvu que l’artiste vive et puisse s’adonner sans souci à sa mission en toute liberté ! Après tout, les grands artistes étaient moins regardants sur la source de leurs revenus et c’est par un abus de confiance que l’on attribue à Péricles les chefs-d’œuvre de Phidias, à Louis XIV, ceux des Mignard et autres génies de son siècle !

Oui certes, mais voilà ! Les relations ont changé : la puissance de ces princes se cantonnait dans l’exercice bien compris du pouvoir sans prétendre intervenir, sans se commettre… dans le processus même de la création : “Lully, vous allez mettre au point un ballet où je pourrai m’exhiber, avec de petits pas comme j’aime en faire et où je suis tellement apprécié ! vous pourriez demander à Monsieur J. B. Poquelin de broder une comédie dans les intermèdes”. Louis XIV commandait son ballet… Il ne prétendait pas en dicter la tonalité, l’orchestration ou la chorégraphie.

“Évitez simplement de choquer la bienséance…”

“Vous n’êtes pas sans savoir combien Madame de Maintenon tient au respect de ces principes”.

L’interventionnisme est désormais la règle, appliquée par tous ces maîtres penseurs de l’art : sans avoir jamais été au contact de la nature, sans avoir jamais “mis la main dans le cambouis”, sans avoir confronté, ne serait-ce qu’une fois, leurs concepts philosophiques purement spéculatifs, au soleil “aux armes sans pitié”, aux fleurs qu’ils ne regardent pas, ils affirment ! et si le doute, si l’énormité de leur présomption un instant les ébranle, ou s’ils la lisent dans les propos furtivement effarés de leurs interlocuteurs, ils procèdent par oukases, ils excommunient après avoir anathémisé, bannis, les détracteurs : vieux procédé tyrannique, légèrement édulcoré, adouci – démocratie oblige – mais toujours aussi efficace car soutenu par les moyens sophistiqués de l’époque. Que peut opposer l’artiste à ce terrorisme de plus en plus organisé ? Que lui inspirer comme défense ? son humilité, condition nécessaire à l’éclosion de son inspiration ? Lui qui se passe habituellement de toute théorie sur sa Création, qui la considère le plus souvent comme un obstacle, un écran, entre sa sensation, même “pensée” –et l’exécution, est-il vraiment de taille à soutenir un débat “équilibré” avec les concepteurs sophistes, les abstracteurs de quinte essence que sont ses nouveaux directeurs.

“Il n’y a pas d’histoire de l’art, et l’art en tant que tel n’existe pas, seuls existent les artistes…”.

Ces “nouveaux directeurs” feraient bien de méditer ces propos de Gombrich qui les rendraient peut-être plus ouverts et bénéfiques pour la création artistique.

Les artistes eux-mêmes pourraient y puiser un réconfort, la force d’échapper à cette tyrannie, le courage d’exposer une œuvre qui parle d’elle-même. Sans marche à suivre, sans notice explicative obligatoire. Ils échapperaient alors à l’embrigadement dans les écuries du marché de l’Art et à leur asservissement au conformisme du super marché. Ils renoueraient alors avec leur véritable mission qui est de divertir en instruisant et ne distilleraient plus l’ennui, l’ENNUI, qui naquit un jour, comme chacun sait, de l’uniformité.

Richard Maguet avait cette humilité nécessaire, compatible d’ailleurs, ce qui n’est paradoxal qu’en apparence, avec l’orgueil d’être en harmonie avec son moi profond ; il n’avait pas de message autre que celui distillé par ses œuvres et perçu par qui sait… et veut entendre. Il n’était pas théoricien et sa vie, ses maîtres, disent assez qu’il ne croyait pas à “l’histoire de l’Art”, adhésion qui l’aurait implicitement conduit à accepter son exclusion pour “nostalgie incurable” décidée par ceux qui font l’histoire.

Avec patience, courage, acharnement, il a édifié une œuvre d’apparence démodée, mais qui se range à sa place, une humble cheville, personnelle, dans l’échafaudage héroïque des bâtisseurs d’éternel. Que, ce “site” permette à ce “peintre méconnu” (Waldemar Georges dans les Journal des Beaux-Arts du 1er novembre 1938… déjà) d’être rétabli à sa juste place.

Dijon, le 20.02.2008
Charles Portier