J.C.
Versailles
Texte édité dans “Les arts en France”
à l’occasion de l’exposition au centre culturel de Versailles en mars-avril 1979.

Vient d’avoir lieu à Versailles une rétrospective de Richard Maguet, presque l’ensemble de son œuvre, une centaine de peintures, une soixantaine de dessins ou aquarelles. Qui connaît Richard Maguet né à Amiens en 1896 et mort à la guerre en 1940 ? Dans le Bénézit, le très sérieux dictionnaire des Peintres et Sculpteurs, une dizaine de lignes sur sa carrière ! Pourtant les “ Amis de Maguet ” comptent parmi eux des artistes comme Clairin, Étienne Boucheau, Osouf… Leur désir est de le sortir de l’anonymat. “ Il avait retrouvé la tradition sans l’avoir cherchée, à force d’acharnement et d’humilité, qualités qui font bien sourire aujourd'hui ” écrit le courageux Marcel Damboise qui ajoute : “ Dans le chaos où l’Art est tombé en cette fin de siècle, les niaiseries et les bizarreries invraisemblables – qui ne choquent plus personne d’ailleurs – sont portées au pinacle par le bla-bla-bla de nos “Malrauxfaisants” de la plume. Elles se vendent souvent très cher. L’argent est devenu le seul critère pour mesurer le talent. ”

Albert Camus lui aussi admirait Richard Maguet. À propos d’une exposition dans le souvenir de ce maître méconnu (en 1949, à Paris, boulevard Haussmann si ma mémoire ne me joue pas des tours) il écrivait : “ Il est mort, victime isolée d’une guerre perdue. Le temps qu’une société démente voulut bien lui laisser, il le consacra à aimer la vie à sa manière, qui était simple et forte. Sa récompense est d’avoir maintenu au-dessus du désastre les images que l’on va voir et qui témoignent pour sa qualité d’homme et pour la beauté du monde [...]. Son regard se portait naturellement vers la nature. C’est ce qui l’a empêché de voir la peinture contemporaine. Car nos peintres refont, paraît-il, la nature. Il faut bien la refaire quand on l’a oubliée. Maguet lui, n’a rien oublié : il semble que son attention à l’égard des formes soit inlassable ”.

Que dire après cela ? Il y a des morts qui grandissent tandis que des vivants rapetissent.